Le blog · la vie de couple
La dispute du soir n’est pas le problème
Vous rejouez la même dispute, avec les mêmes mots, au même moment de la soirée. Ce n'est pas un défaut de caractère : c'est un jeu. Et un jeu, on peut apprendre à le voir, puis à ne plus le jouer.
Solveig et Pierre-Emil · cinq minutes de lecture
Il est tard, les enfants dorment enfin, et la dispute commence. Pas une nouvelle dispute : la même. Elle part d'un détail, une remarque sur la vaisselle, un oubli, un ton, et vous savez déjà comment elle finit. Vous pourriez écrire les répliques de l'autre à sa place. L'autre pourrait écrire les vôtres.
Le lendemain, on se promet de faire mieux. Quelques soirs plus tard, la scène revient, presque mot pour mot. C'est cette répétition qui use le plus : pas le désaccord lui-même, mais le sentiment d'être pris dans un scénario que personne n'a choisi.
Ce sentiment est juste. Vous êtes bien dans un scénario. Mais il n'a rien d'une fatalité, et il ne dit rien de votre amour.
L'un a fait le dîner, les devoirs, le coucher. L'autre s'assoit enfin, le téléphone à la main. Une phrase sort, plus sèche que prévu : « Tu pourrais au moins débarrasser. »
« Je viens à peine de m'asseoir. » La suite, vous la connaissez. Dix minutes plus tard, on ne parle plus de la table, on parle de tout le reste, et chacun va se coucher avec le sentiment de ne pas avoir été entendu.
Ce n'est pas un défaut : c'est un jeu
Personne n'est coupable ici : vous jouez un jeu, sans le savoir, et vous le jouez à deux.
Le psychiatre Eric Berne a appelé « jeux » ces séquences automatiques qui reviennent à l'identique. Un jeu obtient une réponse de l'autre sans qu'on ait à s'exposer. C'est une armure contre la vulnérabilité, et c'est pour cela qu'on y retourne. Notre formation commence exactement là, par une question : pourquoi est-ce qu'on se dispute toujours de la même façon ?
Sous le jeu, il y a un besoin, toujours légitime : de l'aide, de la reconnaissance, de la tendresse. Mais entre le besoin et la parole, quelque chose intercepte. Nous l'appelons le Parent : la bibliothèque de scripts que chacun a appris au fil de sa vie. Le Parent prend la pulsion et envoie un masque à la place du message. « J'ai besoin de toi » devient « Tu pourrais au moins… ». L'autre ne répond pas au besoin, qu'il n'entend pas : il répond au masque.
Nous résumons ce mécanisme en une formule : Émotion × Script = Sentiment. La même fatigue, passée par deux scripts différents, devient de la colère chez l'un et de la honte chez l'autre. Personne ne ment. Chacun se protège.
D'après Eric Berne, Games People Play (1964). La machine à trois étages et la formule du Parent sont des outils de la formation Un couple sain & sympa, modules 1 et 3.
Comment la scène s'enchaîne
Regardez la dispute au ralenti. Elle n'est pas faite de deux méchants, mais d'une suite de gestes qui s'appellent l'un l'autre.
- L'unse sent seul avec la charge du soirun sentiment
- L'unlance : « Tu pourrais au moins… »un comportement
- L'autreentend un reproche et se sent jugéun sentiment
- L'autrese défend : « Je fais ce que je peux. »une réponse
- Tous les deuxla même dispute, mot pour motle jeu
Le dernier maillon est le seul que l'on voit d'habitude. C'est pourtant le premier, le sentiment, qui contient la clé. Tant qu'on discute de la table à débarrasser, on parle au masque. Le jeu cesse quand l'un des deux dit ce qu'il y a dessous.
Ce n'est pas une affaire de volonté. Le Parent est rapide ; l'Adulte, l'étage qui choisit, est lent et coûteux, et il s'entraîne. C'est pour cela que la formation ne s'arrête pas à comprendre. Elle donne un geste pour l'instant même : PARA, « Pause, Accepter, Responsabilité, Assumer ». Puis une question : quel Enfant parle en moi, et qu'est-ce qu'il cherche ?
La masterclass offerte
La première équipe de la famille, c'est le couple
Cinq jours, une leçon par jour dans votre boîte mail, et un jour bonus.
Ce que vous allez voir
- Le syndrome Atlas : pourquoi c'est toujours la même personne qui pense à tout
- Votre famille est une équipe : la carte des stades, où ce qui cloche n'est la faute de personne
- La tempête : le conflit n'est pas un échec, c'est un passage
- Une responsabilité partagée : la même scène, au stade 1, 2 et 3
- Une famille saine & sympa : ce qui distingue les équipes qui arrivent au bout

« Dès qu'on a commencé, l'attitude de mes enfants était littéralement différente. »
Une dispute qui revient n'est pas un échec
La recherche sur le couple dit quelque chose de rassurant : le but n'est pas de faire disparaître tous les désaccords.
des conflits de couple sont perpétuels : le but n'est pas de les résoudre mais d'avoir un espace pour en parler sans guerre.
John Gottman et Nan Silver, The Seven Principles for Making Marriage Work, 1999.
Eric Berne décrit les jeux psychologiques : des échanges qui reviennent à l'identique et finissent toujours de la même façon.
Eric Berne, Games People Play, 1964.
Le cœur, c'est le pardon : séparer la personne de son script. La bienveillance dans le pardon prédit la résolution des conflits futurs, même en tenant compte de la satisfaction conjugale.
Frank D. Fincham, Journal of Family Psychology, 2004.
Une dispute perpétuelle n'est donc pas le signe d'un couple raté. Elle demande un lieu. Dans la formation, ce lieu porte un nom : la réunion de couple, un rendez-vous fixe de vingt minutes chaque semaine, en trois phases : le Sage croisé, le Pardon, l'Engagement. C'est le douzième module, et il arrive après onze autres : la méthode demande du travail.
Nommer le jeu, sans le jouer
- Qui
- Vous deux
- Quand
- La prochaine fois que la scène commence
- Durée
- Le temps d'une phrase
- Quand vous sentez monter la réplique connue, faites une pause. Rien d'autre.
- Nommez le jeu à voix haute, sans accuser personne : « Je crois qu'on rejoue notre scène. »
- Puis dites le besoin, sans le costume : « Ce soir, j'aurais eu besoin d'aide. »