Le blog · la charge de la maison
Le syndrome Atlas : pourquoi c’est toujours la même personne qui pense à tout
Une seule personne tient l'agenda, les courses, les rendez-vous, et le reste de la famille attend. Ce n'est ni un trait de caractère, ni de l'ingratitude chez les autres : c'est le premier stade de toute équipe.
Solveig et Pierre-Emil · cinq minutes de lecture
Dans la mythologie grecque, Atlas porte le ciel sur ses épaules. Dans beaucoup de maisons, Atlas porte la famille. Atlas sait ce qui manque pour le goûter, quand il faut rappeler le dentiste, qui doit être où samedi matin. Le jour, c'est de la logistique. Le soir, c'est une liste qui tourne dans la tête quand tout le monde dort.
La question revient sous toutes les formes : « Pourquoi c'est toujours moi qui dois penser à tout ? » C'est la question du premier jour de notre masterclass. Elle mérite une vraie réponse, pas un conseil d'organisation de plus.
Le cartable est ouvert sur la table. Il manque une autorisation de sortie, à signer pour demain ; personne d'autre ne l'a vue. Elle signe, remplit la gourde, note le rendez-vous sur le calendrier.
Un enfant a rangé la vaisselle, de travers. Elle repasse derrière, sans un mot. Il la regarde faire. Demain, il ne rangera pas : à quoi bon, puisque ce sera refait ?
Ce n'est la faute de personne : c'est un stade
Atlas n'a pas échoué, et les autres ne sont pas ingrats : la famille est au stade 1.
Les psychologues des groupes, de Bruce Tuckman à Susan Wheelan, ont décrit les stades que traverse toute équipe de travail. Nous les avons transposés à la famille. Le premier s'appelle inclusion et dépendance : le groupe se forme autour d'une personne qui décide, et les autres attendent ses consignes. Dans une famille, c'est très exactement Atlas.
Atlas devient le cerveau central de la famille. C'est un autosacrifice qui espère un merci. Pour le reste de la famille, pourtant, Atlas n'est pas une martyre mais « la méchante » qui repasse derrière. C'est cette divergence de perception qui est au cœur du problème : Atlas se sent seule, les autres se sentent corrigés, et chacun a raison de ce qu'il vit.
Ce stade n'est pas une faute à effacer. Toute équipe commence par là. À ce stade, le besoin de chacun est la sécurité : une autorité bienveillante, quelqu'un qui tient. Atlas répond à ce besoin. Le problème n'est pas qu'elle le fasse ; c'est que personne ne sache que c'est un stade, ni qu'il en existe un suivant.
Bruce W. Tuckman (1965) et Susan A. Wheelan, Creating Effective Teams (2014), décrivent des groupes de travail ; la transposition à la famille est celle de Merlinstruction. La correspondance avec les besoins vient de Maslow (1943), un modèle classique et discuté.
Comment le stade 1 se tient tout seul
Personne ne décide d'être Atlas. La place se creuse d'elle-même, un geste après l'autre.
- Atlasvoit ce que personne ne voit, et s'en chargeun comportement
- Atlasespère un merci, qui ne vient pasun sentiment
- Atlasrepasse derrière ce qui a été mal faitun comportement
- Les autresse sentent corrigés, et attendent qu'on leur diseune réponse
- Toute la familleAtlas porte, les autres attendentle stade 1
Chaque maillon nourrit le suivant. Plus Atlas porte, moins les autres prennent ; moins ils prennent, plus Atlas porte. Ce n'est pas un conflit de personnes, c'est un circuit. Voilà pourquoi ce qui marche chez les autres échoue si souvent chez soi : une solution qui n'est pas adaptée au stade de la famille échoue. Un tableau des tâches demande au stade 1 de se comporter comme un stade 3.
Sortir du stade 1 ne commence donc pas par une grande conversation sur le partage des tâches. Cela commence plus bas, et plus doucement : par voir le circuit, et sa propre place dedans. C'est tout le travail du premier jour de la masterclass.
La masterclass offerte
Le syndrome Atlas est le premier jour de la masterclass
Cinq jours, une leçon par jour dans votre boîte mail, et un jour bonus.
Ce que vous allez voir
- Le syndrome Atlas : pourquoi c'est toujours la même personne qui pense à tout
- Votre famille est une équipe : la carte des stades, où ce qui cloche n'est la faute de personne
- La tempête : le conflit n'est pas un échec, c'est un passage
- Une responsabilité partagée : la même scène, au stade 1, 2 et 3
- Une famille saine & sympa : ce qui distingue les équipes qui arrivent au bout

« Dès qu'on a commencé, l'attitude de mes enfants était littéralement différente. »
D'où vient la carte
Tuckman et Wheelan ont étudié des équipes de travail, pas des familles. Nous leur empruntons la carte ; la traduction familiale est la nôtre, et nous l'assumons comme telle.
Bruce Tuckman décrit la séquence du développement des petits groupes, et donne son nom au stade du conflit : le storming.
Bruce W. Tuckman, « Developmental sequence in small groups », Psychological Bulletin, 63(6), 1965.
Les stades s'accomplissent dans l'ordre, et le développement n'est pas linéaire : deux pas en avant, un pas en arrière. D'où l'intérêt de se situer souvent.
Susan A. Wheelan, Creating Effective Teams, SAGE, 2014.
On ne saute pas les étapes : d'abord la sécurité, puis l'appartenance, puis l'estime. Un modèle classique, contesté, que nous utilisons comme repère et non comme loi.
Abraham H. Maslow, « A Theory of Human Motivation », 1943.
Ce qui fait passer au stade suivant n'est pas qu'Atlas en fasse moins du jour au lendemain. C'est que la famille comble le besoin du stade où elle se trouve : le groupe comble un besoin, et le besoin comblé ouvre le stade suivant.
Observer, sans rien dire
- Qui
- Chacun, pour soi
- Quand
- Ce soir, jusqu'au coucher
- Durée
- Une soirée
- Remarquez chaque fois que vous prenez une chose en charge sans qu'on vous l'ait demandé.
- Notez, pour vous, ce que vous ressentez à ce moment-là : de la fatigue, de l'agacement, une forme de fierté ?
- Ne dites rien. Ce soir, on ne corrige personne et on ne demande rien : on regarde.